Saga Kubrick 1 : Full Metal Jacket

(c) Warner Bros Pictures

Quand je dis qu’on mange dans tous les films de Stanley Kubrick, c’est pas compliqué, personne ne me croit. Je vous entraîne donc avec autant d’enthousiasme que d’appréhension dans les cuisines d’un de mes réalisateurs préférés. Pour tout vous dire, je ne sais pas bien ce que je vais y trouver. Mais si vous venez avec moi, j’aurai moins peur…

J’ai choisi de débuter cette saga avec Full Metal Jacket (1987) parce que c’était le plus improbable. (Avec 2001, qui fera l’objet d’un prochain billet.) Déjà qu’on ne mange pas souvent dans les films de guerre, mais dans celui-ci… Et pourtant.

La scène

Nous suivons les huit semaines de formation des Marines au camp de Parris Island, en Caroline du Sud, pendant la guerre du Vietnam. Leonard Lawrence (Vincent d’Onofrio) a de sacrés problèmes d’adaptation. Il est grand et gros. Le sergent instructeur l’a surnommé « Pile », littéralement « gros tas », « Baleine » dans la VF. Il foire systématiquement les exercices physiques. Le sergent instructeur lui assigne le soldat Joker (Matthew Modine) pour l’aider à s’acclimater.

Avec l’aide de Joker, Pile fait de lents progrès. Mais un jour, inspection des chambrées. Le sergent trouve dans les affaires de Pile un beignet à la confiture.

Le sergent, qui a mis Pile au régime, voit rouge. Il considère que tout le monde est responsable du manque de motivation de Pile. À partir de dorénavant, quand ce dernier fera une connerie, tout le monde sera puni. S’ensuit un plan sidérant où Pile a ordre de manger son beignet à la confiture, debout au milieu de la chambrée qui fait des pompes.

(c) Warner Bros Pictures

La lecture

Avec son beignet, Kubrick n’y va pas avec le dos de l’écumoire. Il lui attribue une double importance : visuelle, et structurelle.

Une boule chemisée de sucre

Pile aurait pu planquer beaucoup de choses dans ses affaires, un sandwich, un paquet de chips, une barre chocolatée. Le beignet à la confiture n’est pas un hasard.

D’abord parce que c’est un truc de gosse. Et Pile, jusqu’à cet instant, est un gosse. Il ne peut s’empêcher de sourire, il ne fait pas attention, il a besoin qu’on l’aide à s’habiller, à nouer ses lacets. Le sergent l’a puni de façon humiliante à deux reprises, en l’obligeant à sucer son pouce pendant que le reste de la troupe fait de l’exercice.

Ensuite, on soupçonne très fort le rusé Stanley d’avoir choisi le beignet pour sa ressemblance physique avec le personnage de Pile. Regardez-moi ce beignet. Ce n’est pas un bel anneau de pâte couleur caramel, avec un trou au milieu, navire-amiral du beignet américain. C’est une grosse boule de pâte informe, blanchâtre, enrobée de sucre. Comme Pile. Et tout come Pile, à l’intérieur, coule un liquide rouge.

(c) Warner Bros Pictures

Le point de non-retour

Si l’on s’attache maintenant à la structure du film, l’importance de la scène du beignet saute à la figure. C’est ce qu’on appelle un point pivotal du scénario. Dans les séquences suivantes, l’intrigue s’accélère :

Les soldats sont excédés d’être punis pour les bêtises de Pile. De nuit, ils l’attachent sur son lit et le tabassent.

Pile pète un plomb. Il se met à parler à son fusil. Mais simultanément, il fait des progrès fulgurants.

Il est brillamment reçu aux examens et accepté dans l’infanterie.

La dernière nuit de la formation, il s’enferme dans les toilettes avec son arme. Il abat le sergent instructeur. Puis met le canon de son fusil dans sa bouche et se fait sauter la cervelle. Sous les yeux de Joker, qui voit pour la première fois la mort violente de près. Ceci n’est plus un exercice. Joker est prêt pour la guerre. Maintenant que Pile est mort, c’est Joker que nous allons suivre jusqu’au bout du film.

Deux morts, et un changement de héros après un tiers de film. Tout ça pour un beignet à la confiture…

* * *

Encore un peu ?

Retrouvez tous les épisodes de la Saga Kubrick.

Épisode 2 : Shining

Épisode 3 : Lolita

Épisode 4 : Orange mécanique

Épisode 5 : 2001 et les uniformes

* * *

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4 réponses à “Saga Kubrick 1 : Full Metal Jacket

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