Le Parrain : Oranges et Tomates

Oranges et tomates. Fruits gorgés de soleil, sphères lumineuses qui chantent la Méditerranée. Des clous, oui. Dans la trilogie du Parrain, oranges et tomates sont dotées d’un poids symbolique qui fait froid dans le dos.

Effroyables Oranges

Jamais l’orange, avec sa couleur lumineuse, son jus sucré et ses propriétés revigorantes, n’a connu plus sombre rôle que dans Le Parrain.

Son pouvoir maléfique s’annonce dès le mariage de Connie (Talia Shire). Un bon père de famille s’amuse à jongler avec une orange. On ne le sait pas encore, mais c’est un présage sinistre. Le mari de Connie la trompera, la battra comme plâtre alors qu’elle est enceinte, et se fera assassiner, laissant un fils orphelin.

L’orange figure en bonne place sur la table de Woltz, le producteur qui retrouvera la tête de son cheval dans un endroit peu adapté aux sports équestres.

Elle joue un rôle-clef dans la tentative d’assassinat de Vito Corleone (Marlon Brando). Au lieu de monter dans la voiture, Vito achète des fruits chez l’épicier d’en face. Il fait signe au commerçant : deux oranges. Vito désigne spécifiquement les fruits qu’il souhaite. Et sent que quelque chose va de travers. Il tente de s’enfuir, mais bute contre une panière d’oranges. Les oranges se répandent en tous sens, comme les balles qui clouent Vito sur le capot de la voiture.

Après cette prestation remarquée, l’orange obtient le rôle principal dans une scène au casting pourtant disputé, quand Vito Corleone offre aux Cinq Familles de faire la paix. L’orange se tient à mi-distance entre Corleone et son ennemi Tattaglia. Les autres fruits de la corbeille disparaissent, mais l’orange est de tous les plans, elle prend toute la lumière. Elle est la pomme de discorde entre les deux hommes, elle annonce une reprise des hostilités.

Dernière apparition : au jardin, Vito joue avec son petit-fils de trois ans. Il s’amuse à lui faire peur, mord dans un quartier d’orange et fait une horrible grimace. L’enfant pleure, Vito le console. Mais quelques secondes plus tard, son cœur lâche et il s’effondre. L’orange a gagné la partie.

Cycliques Tomates

Quand le personnage principal de votre film se prend cinq balles dans le buffet au beau milieu d’un étal d’épicier, certains spectateurs contemplent la fusillade. D’autres, comme moi, font l’inventaire des primeurs. Poivrons, oignons, choux, bananes. Oranges, bien sûr. Pas de tomates. Pourquoi diable ? C’était pourtant si facile, une belle tache de couleur rouge sang, préfigurant le carnage. Mais dans le film, les tomates ont mieux à faire.

Première tomate du film ? C’est dans l’assiette de Michael (Al Pacino), la première fois que nous le voyons, au mariage de sa sœur. Deuxième tomate : ribambelle tomatée, plutôt. Olivettes dans un saladier, pelées au jus dans des grandes boîtes, et en concentré, elles constellent le décor de la cuisine quand Clemenza enseigne à Michael sa recette de sauce.

Troisième et dernière apparition de la tomate : sur pied, à divers degrés de maturité, elle pousse magnifiquement dans le jardin de Vito, qui s’écroule dans les plates-bandes.

A chaque tomate, il est question de transmission. Au mariage, Michael explique à Kay le métier de son père et lui présente ses frères. En cuisine avec Clemenza, Michael subit une véritable épreuve initiatique, après laquelle il pourra devenir le chef de famille. Et quand Vito meurt parmi les tomates aussi énormes qu’abondantes, son petit-fils, trop petit pour comprendre, arrose son cadavre avec le vaporisateur. Quelque chose ici repoussera. La tomate joue le rôle de courroie de transmission. Un beau cycle bien rouge.

A l’inverse, dans le dernier plan du Parrain III, si Michael meurt comme son père de mort naturelle dans son jardin, il tombe sur le sol aride et caillouteux. Depuis longtemps, il n’y a plus de tomates. Personne ne viendra l’arroser.

* * *

Retrouvez les recettes de la Trilogie du Parrain, et bien d’autres recettes mafieuses, dans À table avec la Mafia.

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4 réponses à “Le Parrain : Oranges et Tomates

    • Tout à fait ! Le rôle respectif des tomates, courroie de transmission d’une génération à l’autre, et des oranges, qui marque les victimes pour le passage de la Faucheuse, est constant tout au long des trois films. Ce serait trop fastidieux d’énumérer chaque occurence, mais merci d’avoir reconnu celle-ci.

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