Le Goût de l’Inde /3 : Mayabazar ou la petite faim d’une divinité

Ghatotkacha et le festin de mariage. « Mayabazar », 1957.

Un dieu qui fait des blagues, chante des chansons et engloutit l’intégralité d’un buffet. Tout ça pour venir au secours d’une histoire d’amour qui n’est même pas la sienne. C’est pas chez nous que ça arriverait, tiens…

Roméo, Juliette et la forêt enchantée

Mayabazar met en scène un Roméo, sa Juliette, et leur bienfaiteur : le dieu Ghatotkacha, notre héros d’aujourd’hui.

Le jeune prince Abhimanyu aime depuis sa plus tendre enfance sa jolie cousine Sasirekha. Le père de celle-ci a fait le voeu de les marier. Hélas ! La marâtre de la jeune fille renie ce serment quand la famille du jeune homme perd son royaume et sa fortune.

Pire encore : la marâtre s’apprête à marier Sasirekha à un autre. On entame déjà les préparatifs du mariage.

Désespéré, le prince s’en va alors chercher de l’aide auprès du dieu Ghatotkacha, qui vit dans la forêt.

Ghatotkacha décide d’utiliser ses pouvoirs magiques au service des amoureux. Il commence par acheminer la princesse endormie jusqu’à sa forêt. Il prend l’apparence de la jeune fille et la remplace au foyer de ses parents.

Le dieu et ses acolytes se livrent alors à une série de blagues et de tours de magie, dans le but de saboter le mariage.

Ghatotkacha parvient jusqu’aux cuisines : le repas de mariage est prêt. Des monceaux de victuailles ornent une énorme table. Tout en chantant son ravissement du bon tour qu’il s’apprête à jouer, le dieu s’installe confortablement, fait voguer jusqu’à lui un plat après l’autre, et dévore la totalité du festin.

Regardez ici l’extrait du film.

Cliquez sur l’image pour voir l’extrait.

Il va sans dire que le mariage forcé n’aura pas lieu. Les amoureux pourront finalement convoler en justes noces, avec la bénédiction de leurs parents.

Au panthéon du cinéma

Sorti en 1957, Mayabazar connaît un succès retentissant. Il marque un tournant dans le cinéma de Tollywood. Vous avez bien dit Tollywood ?

Avec un « t », comme « telugu », la langue officielle de l’Andhra Pradesh. Avec pour capitale Hyderabad, le cinéma telugu est le deuxième plus prolifique du pays. Il s’enorgueillit de posséder les plus vastes studios du monde.

Mayabazar est un joyau de l’âge d’or de Tollywood. Il est porté par un réalisateur visionnaire : K. V. Reddy.

La princesse suit les aventures du dieu par l’entremise d’un coffre magique qui fait télévision.

Kadiri Venkata Reddy sort de l’ordinaire. Au contraire de ses collègues hyper-prolifiques, l’homme ne réalise que 18 films en trente ans de carrière. Il est le premier cinéaste de l’Inde du Sud à adapter Shakespeare et Ibsen. Le premier aussi à traiter le sujet de la corruption des élites.

Fort de succès considérables, et grâce à la collaboration du génial directeur de la photo Marcus Bartley, il peut enfin réaliser son rêve : traiter un épisode du Mahabarata à la manière hollywoodienne. Décors gigantesques, brochette d’acteurs talentueux, chansons entêtantes. Mayabazar se hisse instantanément au panthéon des classiques de l’Inde du Sud.

Mais si le film connaît une popularité instantanée, c’est aussi grâce à son scénario. Les dieux et les princesses y affrontent les mêmes préoccupations que l’homme de la rue. Le film injecte dans la maisonnée divine une atmosphère spécifiquement telugu, avec ses archétypes, ses proverbes, ses sarcasmes, son esprit piquant si particulier. Et il crée une ribambelle de mots nouveaux qui sont depuis passés dans le langage courant.

Pour son cinquantième anniversaire, en 2007, la version restaurée et colorisée de Mayabazar tiendra plus de trois mois l’affiche à Hyderabad.

La Recette : Pani Puri

Ghatotkacha, dans notre extrait, anéantit des montagnes de petites boules dorées. L’heure est venue de vous entretenir d’une grande tradition indienne : le chaat, l’équivalent du snack. Une bouchée en général frite, à grignoter sur un coin de comptoir ou dans la rue.

Nous vous proposons aujourd’hui la recette du pani puri. C’est à la cuisine indienne ce que le jambon-beurre est à la France : un casse-croûte à peu près identique d’un bout à l’autre du pays. La succulente sphère croustillante explose en bouche, libérant des parfums complexes, frais, enchanteurs.

Il est de notre devoir de mettre en garde nos lecteurs. On connaît des Indiens qui dévorent les pani puri par douzaines, des expatriés qui vendraient père et mère pour un cornet de ces petites merveilles. L’auteur de ces lignes, à l’heure qu’il est, hésite entre dégainer sa friteuse et sauter dans un avion. Le pani puri est aussi addictif qu’il est facile à réaliser.

Pani puri. (c) Vishakha Shah / Dreamstime

Pour 4 à 6 personnes, 40 boulettes

Les puri, boulettes de pâte

  • 85 g de semoule fine
  • 1/2 càs de farine
  • 3 càs d’eau gazeuse
  • sel
  • 1 l d’huile de friture

Le pani, sauce

  • 1 gros bouquet de menthe fraîche, hachée
  • 1 càs de pluches de coriandre fraîche, hachée
  • 35 g de pâte de tamarin (en épiceries orientales)
  • 1 pincée de gingembre en poudre
  • 1 càs rase de cumin en poudre
  • 1 pincée de sucre
  • 1 trait de jus de citron vert
  • Piment vert frais à votre goût

La garniture (utilisez une ou plusieurs des options ci-dessous)

  • 2 pommes de terre moyennes, bouillies, froides, en dés
  • Graines germées de lentilles ou de haricots mungo
  • Pois chiches cuits, froids
  • Et obligatoirement du chutney, si possible de tamarin.
  1. Préparez d’abord la sauce, le matin pour le soir. Faites tremper la pâte de tamarin dans 15 cl d’eau pendant 1 h. Passez au chinois.
  2. Dans le bol du mixeur, versez ce liquide. Ajoutez tous les autres ingrédients et un peu d’eau. Mixez pour obtenir une pâte fine. Versez dans un grand saladier. Ajoutez 1 l d’eau. Salez. Mélangez bien. Couvrez et réservez au frais, au moins 2 h, si possible toute la journée.
  3. Préparez maintenant les boulettes. Dans un saladier, mélangez tous les ingrédients du puri, sauf l’huile. Pétrissez bien. Couvrez d’un linge et laissez pousser 15 mn.
  4. Confectionnez 40 petites boules de pâte et étalez-les en cercles de 4 cm environ. Posez-les au fur et à mesure sur un torchon humide. Couvrez d’un autre torchon humide, laissez reposer 5 mn.
  5. Chauffez l’huile en friteuse ou dans une poêle profonde, à feu moyen. L’huile est à la bonne température quand une noisette de pâte remonte immédiatement à la surface sans changer de couleur. Déposez dans l’huile quelques boules de pâte. Pressez sur chaque boule à l’aide d’une écumoire pour qu’elle gonfle. Réservez sur du papier absorbant. Une fois refroidis, rangez les puri dans une boîte hermétique : l’humidité de l’air leur serait fatale.
  6. Au moment de servir. Pratiquez une ouverture au sommet d’une boulette. Remplissez d’un peu de garniture : pomme de terre, graines germées ou pois chiches. Ajoutez une noisette de chutney. Versez à l’intérieur le pani glacé. Dégustez aussitôt. Non, ne nous remerciez pas : vous êtes désormais accros aux pani puri.

*

Mayabazar, réalisation K. V. Reddy, scénario Pingali Nagendra Rao, 1957.

* * *

Encore un peu de cinéma indien ?

Le goût de l’Inde / 1 : Cheeni Kum

Le goût de l’Inde / 2 : Le dabba de Stanley

Toute l’Inde sur CinéMiam

* * *

Publicités

2 réponses à “Le Goût de l’Inde /3 : Mayabazar ou la petite faim d’une divinité

  1. Pingback: Le Goût de l’Inde / 2 : Le dabba de Stanley | cinemiam·

  2. Pingback: Le goût de l’Inde /1 : Cheeni Kum | cinemiam·

Laissez un commentaire !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s